Jeudi 9 septembre 2004
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[Silence]
- Mes ailes ne repousseront pas, je sais que je ne revolerai jamais.
Ses yeux a mille facettes me regardaient, mais me voyait-il seulement? Je croyais deceler une larme dans ce regard vide d'expressions.
- Je vais passer les quelques jours qui me restent a vivre, et a repenser a toutes ces jolies fleurs et ce soleil bleu, dans une mer jaunie par le pollen. Je veux me revoir voler et entendre la musique bourdonnante de mes ailes, tels des battements de cils, les battements de ton couvercle, contre lequel je me suis donne en vain, et qui va surement prendre ma vie.
Instinctivement une cigarette etait apparue entre mes doigts, je l'allumais et recrachais la fumee. Le papillon sans ailes semblait reflechir. "Et maintenant , lui demandais-je, tu penses a quoi?"
- A toi.
- A moi?
- Et a ton couvercle.
- Je suis desole, je ne pensais pas que le couvercle de ma boite pouvait te faire mal. Ce n'est qu'un couvercle parmis tant d'autres.
Les battements se faisaient plus lent, Les sons plus sourds, les gestes devenaient maladroits.
- Tu me laisse repartir?
- Si tu veux.
- Je sais que rien ne sera plus jamais comme avant, un papillon sans ailes n'a pas vraiment d'avenir, mais les fleurs me manquent tant.
Je glissais ma main et tendais mes doigts, laissant le papisansailes grimper sur mes phalanges. Sa trompe, une canne d'aveugle, semblait hesitante. Je retirais ma main de la boite.
- Depose moi sur une feuille, et laisse moi.
Je parcourais du regard la jungle ou je m'etais perdu, a la recherche de la plante parfaite, epanouie et verte. Sur celle ci, j'allais placer le petit etre afin qu'il prenne un peu de repos.
Le soleil bleu etait resplendissant, le vent sucre faisait bouger la barbapapa lentement dans le ciel. Je laissais le papisansailes respirer un peu, il semblait sourire.
Cette feuille n'avait pas l'air trop mal, un arbre gigantesque se perdait dans une nuee d'oiseaux. "Ca te va ici, lui demandais-je, il a l'air d'y faire bon vivre"
- Oui, c'est tres bien, va-t-en maintenant.
- Mais...
- Pars.
Je me suis retourne et m'eloignais, marchant dans l'herbe haute, au dela de la colline de mes pensees. La tete basse, je comptais les battements de mon couvercle. Un, deux, trois, quatre...
En moi, je pouvais encore sentir les ailes de mon papillon, enfermees a jamais dans ma petite boite.